Ngwe Saung, la paradisiaque

Ngwe Saung, Myanmar

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Ngwe Saung

Ngwe Saung, Myanmar

Désertés par le tourisme de masse, Ngwe Saung, située à 190 km à l’Ouest de Yangon, est un de ces endroits que l’on voudrait garder confidentiel… Un coup de coeur !

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Sommaire

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Yangonna be alright

Déso pas déso, j’aime trop les jeux de mots foireux.

La veille, la chaleur suffocante de Yangon couplée à mon teint pâle m’ont convaincu qu’il était temps de m’octroyer une dose de mélanine. Je me réveillais donc aux premières lueurs du jour et tendais l’oreille vers la réception, guettant l’arrivée de l’agent d’accueil. À ma grande surprise, je découvrais ce dernier assoupi sur un banc moins large que mon derrière. J’eus de la peine à le réveiller, mais si j’en croyais mes recherches, l’unique bus pour Ngwe Saung – ma future destination – partait dans une poignée d’heures et je n’avais toujours rien réservé ; plus le temps de m’apitoyer sur le sort d’un apprenti fakir.

Ngwe Saung, Myanmar

Après quelques ronflement en guise de réponse, le fakir me prie de repasser plus tard puisqu’il « y a plein de bus pour Ngwe Saung ». Dubitative, je lui demande presque de me certifier sur l’honneur la véracité de ses propos, car tout l’Internet prétendait le contraire. Tel un politique, son ton reste évasif alors que j’attends des réponses concrètes, néanmoins, je finis par me fier aux paroles du local et retourne l’embêter l’heure suivante, et celle d’après.

Alors que je m’apprêtais à poser un ultimatum du type « des tickets ou tchi-tchi », le réceptionniste avait DISPARU ! Il n’y avait plus de place pour la diplomatie

J’attrape son collègue par le col et le supplie de me fournir ces fichus billets pour le Paradis. Celui-ci me regarde navré : 

–Le bus direct est déjà parti… je vous réserve celui de demain matin ?

–D’accord, mais si je recroise votre collègue, je lui ferai bouffer des tartines à la mort-aux-rats.

– Oh, attendez, il y a un autre départ, ce soir.

– Parfait.

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Boulevard de la mort

Vadrouiller sur les routes birmanes de nuit, est précisément ce que je voulais éviter. Une légende raconte que certains passagers ne supportant pas les loopings opérés par les chauffards de bus, rendent leurs tripes durant le trajet ; ce qui provoque une réaction en chaîne terrible. Je me rassure en disant que des « trajets compliqués » j’en ai fait, et me dirige vaillamment vers le conducteur. Il m’informe que des travaux de modernisation de la voie vont prolonger la durée du voyage. Ce sera donc 8 heures dans les montagnes russes. Absofuckinlutely awesome.

J’embarque dans un véhicule étonnement moderne. Les lumières sont tamisées, l’assise est spacieuse, plaid et oreiller sont à disposition et la compagnie offre même les snacks. Alors que je m’asseyais confortablement sur mes préjugés, le bus, en quittant la ville, se prend soudain pour un quad ! Pourtant coutumière des trajets locaux, c’est avec désespoir que je me mis à chercher cette fichue ceinture de sécurité.

Maudit soit l’ingénu qui a privilégié l’installation de ces PUTAIN. DE. NÉONS. BLEUS. au détriment du bon sens. Je me cramponne de toutes mes forces à l’accoudoir comme à ma propre vie. Malheureusement, j’ai la même masse musculaire qu’un yaourt allégé ; mon corps finit par défier les lois de l’apesanteur.

« J’ai pas envie de crever, je ne suis qu’à la saison 2 de Westworld ! », telles furent mes dernières pensées.

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"Tadjiminé"

Ngwe Saung, Myanmar

D’après la mine déconfite des autres survivants, personne n’avait prévu de suivre l’entraînement d’un ingénieur spatial. Le bolide s’arrête dans un parking désert, et il fallut que notre conducteur scande : « TADJIMINE ! » pour que l’on relâche nos prises avec prudence.

« C’est où Tadjiminé ? » Pas de réseau pour me géolocaliser, mon poul s’accélère. Sur quelle planète a-t-on été largué ?

Bien qu’exténués, nous réunissons tous nos derniers neurones pour déchiffrer : « Ta-dji-mi-néééé ! », le mot qu’articule notre chauffeur en faisant de grands gestes, mi-agacé, mi-amusé.

« Ah ! Ta-dji-mi-né… c’est thir-ty mi-nu-tes ! » élucide un type probablement linguiste. Nous disposons de trente minutes de pause ! Fou rire général. 

Il est 1 heure du matin, nous rejoignons des stands à ciel ouvert, où des mères noël¹ attendaient notre venue. Des délices flambent dans leur wok ; ils nous faudra des forces avant de reprendre la route.

¹ Sans rire. Il y a vraiment eu une escouade vêtue de bonnets de noël qui nous attendait avec leur spatule, au beau milieu de la nuit, dans le fin fond du Myanmar.

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Ngwe Saung

Ngwe Saung, une petite plage située à 190 km à l’Ouest de Yangon.

Ngwe Saung, Myanmar

Le car dépose chaque passager devant son auberge de jeunesse. J’apprécie grandement ce soin porté aux touristes puisqu’ici, il n’y a aucun bus, ni taxi. Il est 4 heures du matin lorsque je rencontre enfin Ngwe Saung ; ma chambre ne sera prête qu’aux alentours de 8 heures. Je me remets à peine du jetlag et la nuit blanche n’a pas arrangé mon reflet. Il n’y a plus qu’une chose qui compte pour moi : dormir.

María, l’espagnole que je venais de rencontrer, partage le même objectif. Malheureusement, la réception supposée « ouverte 24/24 » nous snobe : La Belle au Bois Dormant gît sur un banc à la réception. L’agent d’accueil ne réagit ni à nos toussotements, nos appels désespérés ou à nos petites tapes sur l’épaule. Je vérifie qu’il respire encore.

Enfin, notre raffut alerte le voisinage. Un homme nous déplie une paillasse au sol et nous prie de dormir en attendant le check-in. Lasse de faire des prises de taekwondo aux moustiques, je rejoins María sur le perron. Nous regardons le jour se lever.

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Dream House Hostel

Ma note :
4/5

La maison de bois élégante comprend seulement quelques chambres. Une volonté des villageois de ne pas faire de cet endroit une destination trop populaire et qui nous permet d’établir des relations privilégiées avec les habitants.

La chambre est… rustique. Mon lit occupe toute la surface d’une pièce mal insonorisée, une moustiquaire pleine de cadavres de ces vampires gît au-dessus de mes draps tachetées de sang. Les toilettes sont à l’extérieur et j’apprends à mes dépens (toute shampouinée, donc) qu’il n’y a pas d’eau chaude. La toiture végétale « ajourée » offre la vision d’un ciel sans nuage. Je préfère m’assurer qu’il ne pleuvra pas dans ma chambre durant mon séjour mais j’avais déjà oublié l’absence de réseau. Mais alors, pourquoi cette note généreuse ? Parce que c’est tout ce dont j’avais besoin : m’éloigner du superflu. Sans doute que nos standards ne sont pas les mêmes, MAIS le personnel est au petit soin, ils servent un petit-dej à tomber, je suis à dix minutes de la plage et ma fenêtre donne sur le Paradis.

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Paradis sauvage

Oui, allô, c’est la beauté.

Déserté par le tourisme de masse, Ngwe Saung est un de ces endroits que l’on voudrait garder confidentiel. Cette plage offre une vision tout à fait ensorcelante du Myanmar. Ici, la solitude et le vide inspirent à une autre philosophie de vivre. Je sais d’emblée que j’aurais du mal à trouver un bord de mer plus authentique, sauvage et si peu apprivoisé. Ici, c’est du dépaysement que l’on vient chercher.

Ngwe Saung, Myanmar

Quand ma nouvelle amie, María me croisait à l’auberge, elle s’écriait « Sunset ?! » avec tant d’enthousiasme que je ne pouvais lui refuser cette balade de fin de journée. C’était devenu notre rituel. Chaque jour, nous assistons inlassablement au spectacle du soleil rouge plonger dans l’océan. Je n’avais jamais observé l’astre de ce côté du globe. 

Ngwe Saung, Myanmar

Flâner sur ces bancs de sable est une magnifique expérience qui appelle à la médiation. Il pouvait s’étirer de longues minutes sans que l’on n’échange un mot et qu’aucune de nous n’en souffre ou s’efforce à le briser. Nous étions simplement soufflées par la beauté, le vent, les vagues caressant nos pieds. 

Voyageuses solitaires

Une bière à la main, un cigare birman de l’autre, nous discutons des heures de notre rapport à la solitude. De 15 ans mon aîné, je la trouve inspirante. « Tu sais, l’important c’est de faire ce qu’on aime » me confie-t-elle en me montrant une photo d’une décennie antérieure. J’eus de la peine à la reconnaître. Ses traits et ses cheveux étaient tirés, elle arborait une mine austère à l’instar de son tailleur sombre. « Toi, tu as de la chance. Tu es jeune et tu as déjà compris l’importance de cultiver ton bonheur toi-même ».

À l’évidence, notre voyage en solitaire ne correspondait pas au stéréotype du célibataire endurci partant seul par dépit. Que ce soit María ou moi, l’aventure a été choisie, et non subie. Le besoin de mettre des kilomètres dans nos trains de vie, prendre du recul, loin de l’incompréhension que génère souvent cette décision… a dépassé les raisons de ne pas partir. Nous partagions toute deux le même thérapeute : le voyage.

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Ambiance nonchalente

Cocktail, plage de Ngwe Saung

Au bord de ces routes, en rase campagne, il y a des stands aux mille trésors. Nous nous arrêtons au gré de nos envies – pour savourer de délicieuses brochettes ou saluer les villageois qui y travaillent. Souvent, ils nous arrêtent : simplement pour nous dire bonjour et tenter d’échanger quelques mots, parfois pour nous serrer dans leurs bras, émus que l’on déploie, nous aussi, les couleurs du Thanaka sur nos joues.

Ici, la vie est douce. Les habitants vous saluent quand ils vous croisent, même lorsqu’un touriste ingrat négocie le prix d’UNE banane… Je regarde mon amie, horrifiée. Elle n’a plus assez de monnaie pour se payer la main² entière, mes poches sont également trouées et il n’y a aucun distributeur à la ronde ; rien qui puisse cesser de nous faire passer pour plus pauvres qu’un primeur.

Vous voulez une preuve de leur gentillesse débordante ? María est reparti non pas avec un fruit, mais un kilo de bananes.

Quant à moi, je m’étais échouée un peu plus tôt dans un bar de plage. Son propriétaire a tenu à m’offrir le repas : ce sera soupe de poisson et nouilles shan³ pour le déjeuner ! Puis, il s’est empressé à les préparer sous mes yeux en ignorant mes contestations et ma gêne. Après quoi, il m’a escorté jusqu’à l’auberge, en scooter.

² Eh oui, on dit une « main » de bananes. Chaque fruit étant appelé un « doigt ».

³ Les nouilles Shan sont issues d’influences chinoises qui se traduisent par des nouilles de riz épaisses, servies dans un bol accompagnées de différents condiments (ail, piment, oignon,ciboule), parfois de poulet, presque toujours avec des cacahuètes. La particularité de ces nouilles, c’est qu’on peut les manger en « salade » ou en soupe.

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